En attendant les déracinés

Maintenant que le texte est parti vers son premier lecteur et que j’attends son retour, maintenant que j’ai déjà conçu aussi bien la bande annonce musicale que la vidéo, maintenant que j’ai revu ces fenêtres où peut-être tout a (re)commencé, alors que je me disais : « Je n’avais jamais vu les pies », maintenant que tout est gratuit jusqu’à nouvel ordre, je pense au blog, à l’écriture en cours, à ce qui a peut-être accompagné Les déracinés sociaux n’ont que faire de briller, lorsque des mots partent ailleurs, et qu’après plusieurs mois parfois, je les recopie, me retrouvant.

En attendant le nouveau livre, donc, je vous invite à lire, chaque lundi, ce qui est devenu Fragment de jours.

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Offrir pourquoi

Peut-être parce que je suis en ce moment en train de fabriquer un troisième livre se pose à moi la question d’autres formes de diffusion.

Je ne dois qu’à moi-même d’investir pour que certains de mes textes existent au format livre. J’aime les voir ainsi. J’aime les savoir ailleurs. Ce n’est pas une démarche qui tenterait de suppléer un manque ou de subvertir des métiers (éditeurs, libraires) sans lesquels je serais très certainement au bord du gouffre, sans ces livres, sans ces actions, sans ces disponibilités. C’est autre chose, tel que je diffuse ma musique. Une option en plus dans ma vie, un autre paysage. Tout simplement.

Si vous le souhaitez et si vous le pouvez, bien sûr, l’option d’achat reste possible dans la boutique. Vous pouvez même faire un don si vous désirez participer à cette aventure littéraire. Je tenais tout de même à mettre en place une autre voix de diffusion, que vous pouvez réitérer à loisir ou utilisez pour des amis ou connaissances de votre choix.

C’est très simple.

Il suffit de remplir le formulaire que vous trouverez sur cette page ou de vous rendre directement sur ce lien.

Je vous remercie de votre attention et de votre intérêt.

Bonne lecture à toutes et tous.

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Les déracinés n’ont que faire de briller, étape 1.0

Ce nouveau roman, parti pas plus tard qu’aujourd’hui dans le circuit de l’édition, est chromatique.

Pour nous aider à patienter avant d’avoir enfin le livre dans nos bibliothèques, je nous ai concocté un teaser que vous pouvez écouter ci-dessous et télécharger si vous l’aimez.

J’en ai fait un autre, aussi, en vidéo, pour faire le tour du WEB.
Les deux sont à partager sans modération.

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Le cercle vertueux de l’autogestion

C’est le retour des ventes en ligne.

Une occasion pour moi de vous expliquer la démarche commerciale de la Maison d’édition virtuelle.

Je ne fais qu’investir pour fabriquer des livres avec des relecteurs professionnels et des graphistes professionnels. Une fois le livre physiquement présent, forme qui constituera bientôt une série dont vous ne pourrez plus vous passer, il est mis en vente exclusivement sur ce site et l’argent récolté ne sert qu’à financer le suivant.

Toutes les recettes supplémentaires constituent un trésor de guerre avec lequel je ne fais qu’acheter des livres d’éditions indépendantes.

Ainsi, beaucoup sont heureux.

Alors, bien sûr, me direz-vous, et Paypal qui se sert au passage ? Oui… parce que c’est aujourd’hui la solution la moins honéreuse pour moi et l’activité ne justifie pas l’installation d’une plateforme de paiement. J’en rêve, et le Père Noël peut-être, un jour, m’offrira cet outil, mais pour le moment, c’est ici que cela se passe.

Et Amazon ? Et bien, Amazon est le seul site à fournir le format nécessaire pour celles et ceux qui veulent lire sur une Kindle.

Et bientôt ?
Ça, c’est une bonne question. Bientôt, des diffusions d’histoires de l’écriture sur mon blog. Bientôt un nouveau roman. Pour le moment, il est au stade relectures permanentes. On peut donc s’attendre à une belle année encore avant de le voir sur le rayon de nos bibliothèques.

En attendant, petit rappel de tout ce que vous trouverez par ici :

Dans l’actualité des livres :
L’intimité n’a plus de lieu possible
Vue sur le cimetière suivi de Vortex Temporum

Et toujours sur le site :
Les Nouvelles Rochoises, pour le moment en libre circulation avant leur parution physique (on me dit dans l’oreillette qu’il en faut une troisième avant de faire un livre).
Toute ma production liée à mon activité d’auteur sur le site lapin.org lorsque nous gérions l’un des meilleurs Webzines du XXème siècle.

Bonne(s) lecture(s) !

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Meurtre à la Roche-Bernard au format Kindle sur Amazon

Meurtre à La Roche-Bernard est désormais disponible sur Amazon pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent lire la nouvelle sur leur liseuse Kindle. Tous les renseignements sont sur l’image ci-dessous ou, si l’image ne s’affiche pas, en suivant ce lien.

Bonne lecture !


Inscrivez-vous sur la liste de diffusion.


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Quinze jours pour commander avant la trêve estivale

Voici que vivent, à leur manière, deux livres d’ouverture, Vue sur le cimetière suivi de Vortex Temporum, et L’intimité n’a plus de lieu possible, mon premier roman poétique.

À leur manière, car ils sont là, prévus pour durer, et qu’ils font leur chemin, dans certaines vies, à la rencontre de tant d’autres écritures.

Je pars quelques semaines sur mes lieux d’écriture pour élaborer, — et finaliser pour certains —, les prochains opus de la collection.

Il y aura des textes réservés pour la magie du WEB et d’autres prévus pour être feuilletés, cornés, annotés, transportés, rangés.

Jusqu’au 7 juillet 2019, si vous commandez ici, vous l’aurez dans la foulée. Après, il faudra attendre la rentrée.

Merci pour votre fidélité.

Bonne lecture

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[DIRECT LIVE] – 024

Au fond, ce n’est pas si grave si on aperçoit à ce stade comme tout prend forme, puisque j’en ai besoin. La question de l’hôpital psychiatrique pourrait revenir. Il en était question au début. Ce serait bien d’y revenir. Pour ce faire, nous n’avons plus à inventer. Tout est sous les yeux. L’étrange difficulté qu’ont ces enfants, parfois, d’écouter. Ils savent faire. Ils peuvent faire. Et voici qu’on en parle à demi-mot. « C’était bizarre ». « Il arrive. On est toutes avec lui et on fait un câlin tous ensemble ». Quelques mots seulement. Je ne suis pas là pour faire parler. Tout se dit avec simplicité. Ce sera sans doute quelques épisodes, comme celui-ci. Je ne fais plus qu’accumuler de la matière et les dés jetés œuvrent. On n’a jamais trop de matière. La vie s’oriente doucement. Mon point de vue change. Ou plutôt, je sens que mon point de vue change. Je sens que le monde m’apparaît autrement. Sans surprise, j’avais sans doute tout mis à l’envers, comme lorsque je sors d’une station de métro, avec ou sans plan, pour la première fois. Je me trompe. J’hésite, je pars peut-être dans le bon sens, puis je reviens, puis je repars, puis je traverse, puis je regarde encore le plan, et depuis l’ère des smartphones, l’appareil tendu face à l’horizon pour essayer de comprendre où est le Nord, puis je me décide, et ce n’est jamais la bonne direction. Je reviens dans l’autre sens. Et pour les choix de la vie, c’est pareil. D’abord l’errance, puis la conviction que c’est cette voie qu’il faut suivre, puis des essais, puis des échecs, et j’arrive à la conclusion que je me suis trompé. D’un coup, je me suis investi dans un domaine alors que c’était peut-être le piège à éviter. Il n’y a pas de mode d’emploi. Cela prend parfois plusieurs années. Oups. Désolé. C’est une erreur au démarrage. Je vais tout réparer. Puis tous les débuts reviennent. Tous les choix. Tout est maladroitement réalisé, à cause de cela. Et je le vois partout. J’ai fermé les portes. Puisqu’il est impossible de saisir l’intégralité de ce qui se passe, ni même d’en saisir l’immédiateté, alors qu’entre chaque phrase, d’un document à l’autre, tentant d’y voir clair, les pensées s’envolent. Avec elles, tant de situations, tant de noms. Je ne veux pas en parler. C’est une partie du passé. Ce qui fait face, c’est autre chose, c’est mon besoin de ne plus avoir à expliquer à qui que ce soit ce qui arrive, parce que je ne veux pas le savoir, je veux laisser ouvert toutes les possibilités, sans craindre d’être déjà dans le paradoxe de tout ce qui tombe, même entre ces lignes, alors qu’elles n’ont pas d’autre objectif que de compléter, au risque qu’elles ne servent jamais à rien, car c’est bien une des données qui ont changé. Cela aussi, j’ai mis plusieurs années à le comprendre et à l’admettre. Le comprendre, c’était facile. L’admettre, plus long, plus fastidieux. Avec une question à laquelle il sera peut-être inutile de répondre : « Qui d’entre nous était le soignant ? ».

À suivre…

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[DIRECT LIVE] – 023

L’empoisonnement agit encore virulemment. Ce sont des histoires qui se racontent dans le silence de nuits lourdes. Le détail qui avait failli me porter au-delà de ce que j’attendais s’est évaporé dans l’atmosphère. L’écoute était tout autre. Je n’arrivais plus à m’entretenir. Voix éraillée. L’oscillation n’est plus qu’un battement de cœur, une source, avec mes propres mots. Là où tout s’effleure, je travaille en profondeur. Il n’en restera que quelques bribes. Je le sens aux verbes qui m’obligent à me situer. Ce présent dont on ne touche que l’instant même de la grâce, il ne se partagerait pas, autant que toutes les autres fictions, dès lors qu’une théorie s’immisce, ralentie l’influence qu’on aurait de ces vies entières relatées en quelques phrases, lorsque je mens, ou lorsque j’attends, pour protéger ce que je n’ai à ce jour jamais lu, ni de moi ni d’un autre, voyant à quel point même attentif à tout ce qui se déroule, je dois encore apprendre à quoi se lie la durée, à quelle nécessité, tous ces chemins que je dois emprunter, pour ne rien laisser de côté, ne rien feindre, car malgré toutes les analyses énoncées, toutes les manœuvres dénoncées, je n’ai de vrai à dire que ce qui m’aspire, cette énergie continue d’une seule vie, comme une enveloppe laissée sur une cheminée sur laquelle est inscrite la mention « ne pas ouvrir avant ma mort », qui ne se découvre qu’une fois terminée, parfois le temps d’un livre, le temps d’un seul soupir, je les vois, alité, j’en forme lentement l’unité, sans rêve, sans peine, l’enfermement, le soin, et bientôt l’aventure. Pour le moment, je fabrique des formes de dépendance, je me lie à des violences fictives, non que je n’en aie aucune de réelles, mais que les inventées, ou les distribuées, à la volée, comme tout le monde, pour être avec le monde, pour ne surtout pas avoir à revendiquer l’individualisation de ce besoin, à chaque détour, de détruire l’image qu’on aurait de moi. Je déplace. Le sujet se déplace. Il change de corps. En faire de l’imaginaire est une nécessité. Cela soigne partout. Non partout au sens de tout le monde. Partout au sens de immédiatement. Il manque peut-être cette auto-reconnaissance d’une valeur paradoxale qui ne s’accorde à aucune autre valeur paradoxale entourant le quotidien de chaque émotion. Le pire serait de croire qu’il n’y a qu’une seule loi, égalité de l’être en ce domaine précis où ne se trouve, au contraire, que la puissance d’un seul, dans le rare, — et l’unique, sans doute —, espace où elle s’exprime sans retenue, où il n’y aura jamais d’heure pour le dire, jamais de manière convenue, jamais de tournure adéquate. C’est pour cette raison que le décor n’a plus lieu d’être, à part l’imagerie provoquée par l’Esprit à l’instant même où le regard intérieur virevolte, s’ancre ou se disperse, où s’échappe l’intégralité des codes dans la mémoire de ce qui a été au premier jour, propulsé, source de vie, au centre d’un tout opérant qui réclame qu’on le possède, qu’on l’altère, pour mieux orienter cette part du vivant qui ne saurait être démuni de sa fonction. J’ai bien vu à quel moment il n’était plus envisageable de penser autrement, lorsque l’émotion envahissait toutes les productions de l’être, les larmes aux yeux, tendant la main, pour s’entendre dire qu’il y avait dans tout cela une voie raisonnable, une voie juste, une opinion fondée. À partir de là, ce n’était plus le même savoir qui se mettait en action, ce n’étaient plus les mêmes influences. C’était l’autoformation d’un désir originel, et déjà, je savais, je savais comment il faudrait faire, je savais le temps que cela prendrait, je savais que tout ce qui entoure ne serait plus qu’un rempart à abattre, que rien ne pourrait y résister. Désormais, l’état d’urgence est terminé. Téléphone portable en mode avion lorsque je sors de chez moi, qui me servira de montre (puisque je n’en ai plus) et d’appareil photo (puisque je n’en ai plus). De cabine téléphonique aussi (puisqu’il n’y en a plus). Et je rentrerai le soir chez moi, découvrant à l’ancienne les messages du jour comme on les découvrait jadis sur nos répondeurs (lorsque nous en avions). Et je rappellerai s’il n’est pas trop tard, ou j’attendrai le lendemain. Et si je suis chez moi, on pourra me joindre. Sinon, il faudra calculer, ou se souvenir qu’à certaines heures, je ne suis pas joignable. L’expérimentation sera radicale durant une semaine entière. Je préfère le « il n’est jamais chez lui » (ben oui, je travaille presque tout le temps) au « il réagit dans la minute » (supposé disponible 24h/24). Je n’en voudrais pas à celles et ceux qui tenteront de toujours tester ma réactivité. Ce n’est plus possible, en notre temps, d’être constamment en travail de notre propre soumission à la doxa commerciale. Et tant pis, donc, si on ne comprend pas. De toute façon, d’une manière générale, on ne comprend pas. Il faudrait vivre ensemble au quotidien pour comprendre. C’est valable pour l’ensemble de l’humanité. Le jugement tombe. La disponibilité s’oriente différemment. Le journal à l’heure du journal. Fin des expressions télévisuelles permanentes. Voici le livre à nouveau, seule actualité de la Pensée, dans toute sa dimension, qui arrivera lorsqu’il sera prêt, viendra s’intercaler, dont on évaluera (il faut parfois des siècles) le contenu, réellement, ne pointant plus du doigt l’obligation de correspondre aux valeurs économiques. Je ne les nomme jamais pour que vous les trouviez vous-mêmes, en vous-mêmes, les anciens, les traduits, les adaptés, les mis en scène, qui continuent de s’adresser à nous directement. Ils tombent entre nos mains toujours à la meilleure période. Ils nous arrachent du quotidien des autres pour nous sceller en nous-mêmes. Tous les trajets effectués n’ont alors presque plus de moyen de venir polluer ce qui se profile réellement : l’émergence d’une forme nouvelle qu’on ne pouvait prédire avant de la dire, dans cette articulation qui a déjà tant d’effets que je place ce qui s’en était conclu dans une sorte de nuage informe signifiant qu’il ne fallait pas tenter vouloir tout à coup décider ou tout à coup se réjouir qu’une option s’entrouvrait. C’était le piège. Voilà ce que je vais faire en rentrant, mais en rentrant, tout est différent. La dernière phrase n’est pas celle que je m’attendais à trouver. Quelque chose a travaillé pour moi. Oh, rien d’automatique, je vous rassure, ni programme de la NASA, ni quelconque robot estampillé « AI ». Il s’était versé dans les mots de quoi m’occuper quelques heures. L’esprit avançait, tournait même. Sur le retour, ça continuait. Dans l’escalier, ça continuait. Et assis à ma table, face à la réalité, je ne vois plus qu’une étude de ce lieu où je me suis établi, je vois l’infrastructure du réel, ses fondations fortes, ce qui permet que défile la parfaite autonomie du langage, et je n’ai plus aucun doute sur la nécessité d’aller jusqu’au bout, voire d’envisager d’aller encore plus loin en cours de route. Plus loin, dans l’avenir. Plus loin, dans l’isolement singulier. La joie d’une telle perspective devient envahissante. Tout devient drôle. Les pantins se disloquent. Le plus amusant, c’est le récit qui n’était gravé nulle part, ou plutôt qui n’avait jamais été immortalisé, extériorisé. Je comptais l’autre jour le nombre d’années qu’il m’avait occupé, surtout la nuit. Je m’en servais pour m’endormir. « Où en étais-je ? », commençais-je, et l’histoire continuait. D’abord l’étrange concomitance de deux êtres passant leur vie à s’attendre et à se chercher. Deux entités se respectant mutuellement, l’un étant sans doute le spectre de l’autre. Le fait qu’ils soient deux avait été admis sans même poser une seule question. On les protégeait. Ils s’aimaient.

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[DIRECT LIVE] – 022

La mémoire s’est réinstallée exactement au point où j’en étais. La recherche a donc été fructueuse. J’avais tenté d’y voir plus clair. L’aboutissement est à la hauteur de ce que j’attendais, dans la pureté des mots que j’ai choisis de taire. On croira qu’une année a passé. On croira qu’un siècle. On croira ce qu’on veut. Un passage à l’acte. Tout semblait fragile, imparfait. Et pourquoi pas ? Pourquoi pas, en effet, cette manière, ces options, cette implication et, de temps en temps, cette consternation. Maintenant que les deux écrans de l’âme sont allumés, et que je n’ai plus qu’à penser ce que je réalise, à la fois ce que je fais et ce dont je prends conscience, à force d’appliquer les mêmes énergies aux diffractions. J’ai cessé de croire que je n’allais qu’à un seul endroit. La vie s’en compose ainsi, et le reflet n’en sera jamais suffisamment fidèle pour qu’on s’arrête à une seule et même version. Tout s’est accompagné pour n’avoir plus qu’à être là où je souhaitais être, sans préjuger ni des conséquences ni des effets d’une forme d’isolement tendre avec les outils du quotidien. J’avais besoin de ce recul pour évaluer en quelque sorte la pauvreté d’un discours, le malaise qu’il portait en lui, constat que seule la littérature m’a rendu. Je l’avais bien cherché. Ces mots éparpillés ici et là se rassemblent. Ils ne serviront à rien d’autre que de signifier ce que c’est d’avoir rencontré chaque jour l’expression d’une loi que j’avais jusqu’ici ignorée : qu’il ne servait à rien d’entrer en qualité. Qu’il suffisait d’effleurer. Alors, j’effleurais, pour tenter l’aventure de ce mystérieux monde ouvert aux seuls audacieux. C’était ça, maintenant : une grande pièce vide, des phrases sans consistance. À cause des multiples facettes qui s’étaient découvertes. Ils étaient tous morts. Les protagonistes. Plus rien n’existait que la foi, l’étape suivante en gestation. J’en parlais nuit et jour avec les artifices. Je m’étais éloigné de toute fiction. Je les en avais repoussés. Ils n’y seraient pas. Morts. La page précédente n’a plus d’influence. C’est le roman suivant qui s’écrit. Je pensais que la méthode viendrait à bout des méandres, qu’il suffirait de suivre les mêmes chemins pour aller un peu plus loin, mais tout me disait le contraire : ce serait si différent qu’il faudrait tout réapprendre, à nouveau, le langage mot à mot énoncé, les quelques sons que je voudrais garder, pour l’idéal, pour l’image que je voulais enrichir aperçue dans les mouvements du ciel, si agité. On nous préfèrerait derrière un bureau en train de nous auto-assigner. Je donnais une importance démesurée à quelques éléments qui aujourd’hui n’ont plus aucune accroche. C’étaient de simples rôles, souvent non mérités. On avait franchi la bonne porte au bon moment. Presque un coup de la chance. Pour autant, cela ne pouvait pas être quelqu’un d’autre. Quelque chose avait pris. Le gant parfait. Au point qu’il fallait mettre en évidence ce fait peut-être un peu fou : quel que soit l’événement, tout ce qui est là a eu lieu, et je n’ai pas d’autre existence. Les morts l’ont toujours été. Les lois sont aussi là. Je ne fais que coexister dans la fracture du temps, élaboration technique d’une justification valable dans aucun corps, ne résonnant dans aucun être. La peur de ne plus en être disparaît totalement, puisque je suis là, puisque c’est moi qui le dis. Je ne fais donc que retenir l’événement au cœur même de l’œuvre afin que soit provoquée la pulsation du réel. Voici ce qui est aujourd’hui. Voici le panorama. Dans le journal posé, dans l’expression des visages rencontrés, avec toutes nos histoires racontées, les pièges dans lesquels nous tombons. Aspiration et effondrement. En même temps. La puissance ne peut qu’être. On ne peut la combattre. Je ne vais pas en faire la liste. C’est bien ici que je veux continuer.

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[DIRECT LIVE] – 021

C’est le cap à passer, désormais. Je n’ai pas à m’excuser de m’être laissé posséder par de nouveaux harcèlements. Et je n’ai pas à faire sens là où je ne souhaite pas qu’il y en ait. Il faudrait encore que je supporte cette sorte de regard méprisant, jusque dans l’allusion discrète, presque amoureuse, en plein cœur, ce même cœur qui peu à peu s’essouffle de devoir lutter contre ce qui serait le pire : un paysage dans lequel je ne voulais pas m’engouffrer, et pourtant j’y suis, en incrustation, ficelé, sans défense. Je n’ai rien d’autre à imaginer que le faire : prendre ce temps de revenir sur ce qui insupporte jour après jour, malgré l’évolution sociale, malgré des formes de reconnaissance qui ne correspondent plus au temps de ce que je suis devenu en seulement quelques heures. C’est une histoire d’acharnement à laquelle j’adhère par principe, car les pas qu’il fallait faire pour se situer ailleurs, je les ai faits et je suis prêt à les assumer, mais ce ne sera pas au détriment de mes propres réalisations. À aucun moment, je ne cèderai ce besoin de contrôler la manière avec laquelle je me présente au monde. Je ne laisserai pas ce jugement s’installer. Je dois sauver en moi l’espace de la liberté. Le social s’interpose. Encore une fois, je fais le choix d’en payer le prix. C’est disproportionné par rapport à ce que cela pourrait changer dans ma vie personnelle. Je sais que ce n’est pas pour cela que j’agis. Il y a autre chose. L’articulation n’a aujourd’hui aucune valeur à cause de la singularité que j’ai décidé de maintenir, taisant l’intégralité de la démarche, n’espérant rien de ce que j’investis, donner sans recevoir, ne trouver en moi que le silence d’une vie déplorable, toujours au bord de l’ennui, je tourne en rond pendant des heures, je place des masques sur ce qui n’a plus de raison d’être. Je vois cette confrontation se préparer. Je n’ai aucune réponse. Tout ce qui se fait actuellement échappe à la notion même d’élaboration. J’ai voulu ce sable mouvant. Pendant que les mouvements cessent de mobiliser l’énergie nécessaire. Alors, tout serait resté tel quel. Rien n’aurait été appris au long des pages, à ce stade, dans l’angoisse du quotidien. Il est vrai, cependant, que je vis une vie parallèle. Le décrire serait trop en dire, ou me mentir, même, car je n’ai aucune envie de voir cette vie-là défiler sous mes yeux, non qu’elle soit réellement secrète, ou, pourrait-on dire, à protéger, mais plutôt parce qu’elle n’a pas de fin, contrairement à cette autre vie dont on viendrait tout relater jour après jour. On y verrait tout ce qui a abouti, tout ce qui, en cours, mérite qu’on s’y attarde, alors que l’infini s’est déployé autrement. Dans un ailleurs, ce serait trop facile. C’est plus qu’une imagination. C’est en même temps, aussi influent. Un lieu où tout se rencontre, sans heurt, où je ne me demande pas pourquoi tel arrive, tel repart. Puisqu’ils sont là. Welcome. Je ne m’attendais pas à ça. De te revoir, d’entendre là où tu en es, de te lire, même. Wow. Quel parcours ! Au début, je ne voulais pas venir lui parler. Je m’étais : « Laisse-le tranquille avec tout ça ». Mais c’était plus fort que moi. Il fallait qu’il sache, d’abord, que j’étais là. Alors, comment mieux faire que de rester un peu, de papoter avec les autres, de faire semblant de rien, puis de venir le saluer. « Crois-tu vraiment que je ne t’avais pas vu ? Tu étais presque au premier rang, buvant mes paroles. Tu étais au bord de poser une question. Toujours d’accord avec ce qui se disait autour de toi ». Je n’ai pas vraiment pensé ta présence. Je l’ai constatée, évidemment. Tu étais là. C’était un fait. Comme marchant dans la rue. Au détour de quelque rue. Te voilà. « Que fais-tu là ? ». Tu es la dernière personne que j’aurais imaginé rencontrer dans ce quartier. « Que deviens-tu ? ». Et tout est banal. Tout est convenu. Aussi bien ton sourire que cette permanente surprise que tu affiches. Je me rends bien compte qu’à présent je te considère autrement, comme te prenant d’un peu plus haut. Je me sens élevé, depuis ce jour où j’ai pris la décision que plus rien de toi n’aura d’impact sur ma vie. Le réel s’est conçu dans une dimension qui ne te concerne plus, mais tu persistes à vouloir y être. Tu reviens. Tu réapparais. Il y a quelque temps, j’aurais pesté contre cette malchance de te voir encore sur mon chemin. Je voulais l’écrire dès le premier jour. Je suis dans l’autre sphère où se travaille une sorte de volonté. Les bras croisés. Mon refus d’obtempérer. Mes mains sont toujours aussi douces. Je revis l’agression exactement de la même manière. C’est tellement déroutant. Regardons tout ce chemin parcouru. Il aurait fallu une pause pour s’expliquer. Je préfère laisser libre cours aux sensations réelles. La même chaleur qui m’envahit. Il a manqué quelque chose au début d’un roman. C’est cela que je veux décrire. Comment cela disparaît de nos injonctions. Les mots qui courent le long des pages pour installer le lecteur dans la fuite. C’est ainsi que tout se passe à longueur d’années. On se décide. Le plan est établi. On préfère tout éviter, partir sur des monts inaccessibles. Avec la seule donnée disponible : la sensibilité. Le souvenir d’un bien être absolu au centre d’une nature à laquelle nous serions prêts de tout dire. Je veux tout dire. Comment, souvent la nuit, j’élabore une stratégie de conquête, comment la forme se dessine sous mes yeux à travers une période que je choisis de ne pas contrôler. On verra bien, pourrais-je conclure. On verra bien. La confiance est telle qu’elle n’empêche plus rien. Ce n’est plus qu’un autre moi à l’œuvre, où je ne suis pas perdu. Je lis partout d’autres propositions auxquelles je n’apporte aucun crédit, à cause du thème abordé, cette chronologie du quotidien, comme si cela pouvait être intéressant pour quiconque de savoir à quel point il était impossible de vivre cette longue journée, comment il était impossible de décrire le ciel, puis ce qu’avait dit untel, ce qu’avait fait untel, à cause de la banalité de tout ce que cela venait révéler. J’ai pris une autre option, dès le plus jeune âge. Et ce qui m’intéresse, c’est ce qui ne sera jamais écrit, cet autre monde que je m’offre de vivre pleinement.

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